Au 8 novembre, 1 euro = 1,47 dollars. Un nouveau record qui, a priori, ne devrait pas tarder à être battu.
Hier, Nicolas Sarkozy a encore plaidé, cette fois lors d’un discours au Congrès Américain, pour une action de la banque centrale américaine en faveur d’une appréciation du dollar.
L’avis de notre président semble donc tranché : l’euro trop fort par rapport au dollar est un problème. La raison de sa position est évidente. Un dollar trop faible par rapport à l’euro
handicape notre industrie sur les marchés à l’exportation : les produits français, achetés en euros, coûtent relativement plus cher que les produits américains, achetés en dollars, mais
aussi plus cher que les produits de tous les pays du monde dont le cours de la monnaie est ancré sur le cours du dollar. Et il y en a pas mal… (la Chine notamment). Les difficultés économiques
que traversent Airbus et sa maison mère, EADS, face à la concurrence de Boeing en témoignent : des avions achetables en euros sont difficiles à vendre. Les chiffres de la balance
commerciale sont d’ailleurs assez éloquents : depuis 2005 la balance commerciale française est négative (-15,7 milliards d’euros en 2005 et -25,8 en 2006 d’après l’INSEE). Autrement dit,
nous importons plus que nous exportons, nos entreprises n’arrivent plus à vendre leurs produits à l’étranger. Tout est clair comme de l'eau de roche.
Vraiment? D’autres chiffres laissent songeur. L’Allemagne, par exemple, qui exporte aussi en euros a affiché en 2006 un excédent commercial colossal de 162 milliards d’euros. Cette
situation est-elle donc réellement due à un taux de change défavorable aux exportations ? Pourquoi l'Allemange n'est-elle pas touchée aussi?
Autre mystère. Le pétrole, dont le cours du baril atteint 96,93$ aujourd’hui, se paye en dollars. Avoir un euro fort permet, ou devrait permettre, de réduire notre facture énergétique
par rapport aux Etats-Unis. La hausse du prix du pétrole que nous connaissons en Europe ne représente que la moitié de celle que subissent les consommateurs américains, mais aussi les
entreprises américaines. Nous devrions être plus compétitifs. Et pourtant il semblerait que les entreprises françaises soient les seules à ne pas profiter de cet avantage… Bizarre
bizarre…
Il est à noter également que de tous les chefs d’Etat ou de gouvernement de la zone euro, Nicolas Sarkozy est le seul à se plaindre de ce taux de change. Les autres se félicitent justement de
la protection que cela nous procure face à la hausse du prix du pétrole. Vous avez dit bizarre ? Comme c’est étrange…
Comment expliquer ce « cas français » isolé ? Assurément pas en brandissant le taux de change euro/dollar comme le fait notre cher président. Mais pourquoi le fait-il donc ?
La présidence a-t-elle ses raisons que la raison ignore ? Peut-être. Ou peut-être pas. Il faut bien trouver des explications à la chute spectaculaires des exportations lorsque l’on est au
pouvoir depuis 5 ans et que l’on promet tous les ans un retour de la croissance imminent. Il vaut d’ailleurs mieux que ces explications impliquent des acteurs extérieurs à notre économie (la
mondialisation, la banque centrale européenne, la banque centrale américaine… etc) et sur lesquels on n’a aucune prise. Le problème devient alors insolvable et nos dirigeants compatissent
volontiers avec nos difficultés quotidiennes. "L’essence est trop chère? Roulons à vélo!" comme nous le recommande notre ministre de l’économie et des finances, c’est bête comme
chou. Il serait bien trop compliqué de se pencher sur les raisons pour lesquelles la taxe sur les produits pétroliers ne baisse pas pour compenser l’envol des cours. Serait-ce parce qu’il
faut compenser les cadeaux concédés à certains par le paquet fiscal voté cet été ? Mystère et boule de gomme… Pédalons, pédalons…