
Le projet de réforme "LRU" (Liberté et Responsabilité des
Universités) est né d’un constat accablant dressé par le gouvernement concernant les performances du système universitaire français : chaque année 90 000 élèves sortent du système
sans diplôme, 50% d’échec en première année, inadéquation entre les formations proposées et celles réclamées sur le marché du travail, taux de chômage élevé après les études, pauvreté des
étudiants durant leurs études, problèmes de prise de décision et de réactivité de l’administration, problèmes de financement…
La loi apporte plusieurs réponses à ces problèmes. La première, et la plus contestée, est la possibilité donnée aux universités de faire financer des chaires par des entreprises privées à travers
un système de fondations. En plus du supplément de financement, cette mesure devrait permettre un travail commun pour proposer des formations professionnalisantes. De manière indirecte, le risque
de faire perdre son indépendance à l’enseignement : que penser d’une chaire de politique de la concurrence financée par une entreprise qui ne respecte pas les lois de la concurrence ? Ne
risque-t-il pas d’y avoir un décalage en terme de budgets alloués entre les filières selon leur rentabilité pour les entreprises ? Dès lors, n’y aura-t-il pas un enseignement à
plusieurs vitesses ?
Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas ici d’une « privatisation» stricto sensu mais, paradoxalement, d’une possible perte d’autonomie de l’université pour le choix des
enseignements offerts aux étudiants. Par ailleurs il faut signaler que cette loi s’accompagne d’un accroissement du budget des universités. Pour citer un membre du conseil d’administration de
Paris1, « une augmentation de 2 millions d’euros sur un budget de 55 millions ce n’est pas rien ». L’Etat ne se désengage donc pas financièrement parlant, dumoins pour l’année qui
vient.
La réforme propose également de réduire de nombre de sièges aux conseils d’administration afin de faciliter la prise de décision et d’augmenter le pouvoir décisionnel des présidents d’université
d’université pour qu’ils assument une « fonction d’action » et non pas de « médiation ». Ce n’est pas dénué de sens mais alors pourquoi donner au président le droit de
nommer ou de porter un veto à la nomination d’un professeur ? Est-il compétent pour cela ? La suppression des commissions d’enseignants spécialistes qui étaient chargées de sélectionner
les nouveaux enseignants compromet clairement la pertinence et l’indépendance de ces choix.
Les principales critiques qui sont adressées à ce projet ne portent pas tant sur ses intentions premières que sur les risques de dérive potentiels. D’autant plus que le statu quo n’est pas
souhaitable : le système d’éducation français dans son ensemble doit évoluer, mais pas uniquement l’université. Cette évolution doit être envisagée globalement.
Il me semble que la loi passe à coté d’un problème-clé : le manque de moyens alloués à l’orientation au lycée et la déconnection entre l’enseignement secondaire et l’enseignement supérieur.
Les 50% d’échec en première année de licence ne sont certainement pas dus à une défaillance de l’enseignement universitaire, qui demeure de très haut niveau, mais à celle du système d’orientation
lors de l’année de terminale. Seule cette prise en compte permettra de réduire le taux d’échec en première année de licence de manière significative, aucun investissement financier dans
l’université elle-même n’y fera.