
Vous souvenez vous de votre cours de philosophie en terminale ? Socrate, Platon,
Ménon… La vérité dans la raison contre la vérité dans la parole… N’avons-nous pas tous souri en apprenant la conception sophiste du vrai ? Le vrai dans la parole ? Dans ce cas
il suffit de dire n’importe quoi pour que ce soit vrai n’est-ce pas ? Puis nous apprenions que c’était un peu plus complexe que cela, le vrai est dans la parole si celle-ci parvient à
convaincre. Bof, toujours pas convaincus… pour de bons petits français héritiers de Descartes, ce genre de discours ne fait pas sens.
Vraiment ? Est-on vraiment toujours à la recherche de la vérité par la raison ? Donnons nous toujours raison à ceux qui raisonnent et s’attachent à analyser les faits ou plutôt à ceux
qui ont un discours convaincant, peu important sa véracité dans les faits ? La campagne électorale des présidentielles en 2007 nous en a produit de magnifiques exemples. « Travailler
plus pour gagner plus », « ordre juste », « héritage de mai 68 », « la rupture » « Grenelle de … », « immigration choisie » … etc Autant
d’expressions vides du sens que leurs auteurs veulent leur donner mais qu’une majorité de français ont trouvé convaincantes. La palme revenant à M.Sarkozy qui, désemparé face aux mauvaises
performances de l‘économie nationale, a affirmé haut et fort qu’il « voulait » le retour de la croissance. Nous voilà sauvés. Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Pour avoir
de la croissance il faut la vouloir, à croire que dès l’accession de la droite au pouvoir en 2002, la France a cessé de vouloir la croissance et voulait sans doute du chômage et voir baisser son
solde commercial. Mais Dieu merci, aujourd’hui notre président veut la croissance, donc forcément, elle sera là !
De même, alors que Mai 68 a été présenté comme un héritage honteux lors de la campagne présidentielle, il suffit aujourd’hui d’ajouter « Grenelle » à n’importe quel problème politique
ou économique pour convaincre tout le monde que ce problème sera résolu. Problème d’environnement ? Grenelle de l’environnement !! Problème de fiscalité ? Grenelle de la
fiscalité !! Il n’y a qu’à demander. Bien entendu c’est facile de taper sur le gouvernement au pouvoir. Précisons donc qu’il y a fort peu de chances pour qu’un gouvernement d’un autre bord
politique agisse autrement. Les français ont les dirigeants qu’ils méritent. Si nos politiciens jouent sur les mots et nous disent ce que l’on veut entendre, ce n’est pas eux qu’il faut
blâmer, mais nous-mêmes, toujours prêts à entendre un discours complaisant à notre égard. « Vous voulez plus d’Etat ? Vous en aurez, je vous le promet ! » « Vous voulez
payer moins d’impôts ? Nous allons les baisser ! », comment financer plus d’Etat en baissant les rentrées fiscales ? personne ne le dit… mais qu’importe, nous avons entendu ce
que nous voulions entendre.
Pour sortir un peu du domaine politique, trop polémique, observons d’autres domaines plus futiles mais où un nombre non négligeable de gens se laissent abuser allègrement : la musique.
Depuis plusieurs années des chaînes de télés prennent des quidams dénués de talent et en font de grands artistes, des stars nationales. Le procédé présenté ainsi parait absurde, mais pourtant ça
marche. Toutes les semaines, de mauvais chanteurs reconnus comme tels font la une de magazines, de journaux. Pourquoi sont-ils des stars ? Parce qu’une chaîne de télévision en a décidé
ainsi. Il suffit qu’un média dise que quelqu’un est une star pour qu’il en devienne une. Raison ou sophisme ?
Ce qu’impliquent ces constatations est très grave : en se laissant aller à cette soumission au pouvoir des mots et non à celui du sens ou des faits, nous nous rendons incapables de poser des
problèmes réels et d’y trouver des solutions réelles. Mais plus encore, nous poussons nos dirigeants à nous poser les problèmes que nous voulons voir (immigration, pouvoir d’achat, régimes
spéciaux… ) et à y apporter des solutions séduisantes, parfois en dépit de tout bon sens.
Si problème en France il y a, n’est-ce pas celui d’une hypocrisie et d’un égoïsme généralisés ? On veut fumer en paix et partout, mais on ne veut pas payer plus pour financer le système de
santé. Pourtant on attribue tous les ans plus de 60 000 décès au tabagisme, pour la plupart des suites de cancers… Le tabagisme a un coût social immense que personne n’est prêt à payer, mais
on s’insurge lorsque l’on touche aux droits des fumeurs. N’est-ce pas paradoxal ? Si, mais qu’importe, tant que chacun entend ce qu’il a envie d’entendre, tout va bien.